Publication L’AGEFI.
Signe de l’embellie, les principales places boursières émergentes se sont envolées depuis le 1er janvier. Le Brésil a pris 53%, la Russie 42%, la Chine 39% et l’Inde 29%.
"Assez clairement, il y a de la performance à aller chercher chez eux, d’autant que leurs économies sont quand même moins touchées que les nôtres", explique Alice Lhabouz, gérant de fond associée chez Turgot Asset Management.
La plupart des investisseurs avaient en effet déserté ces marchés en septembre et octobre 2008 en pleine crise financière, vendant alors les actifs les plus risqués pour limiter leurs pertes.
Mais il existe une vraie discrimination entre les bons et les mauvais élèves dans ces régions.
"Les bons élèves sont les pays moins dépendants des exportations, qui ont des réserves de change très importantes et une solide demande intérieure, comme l’Inde, la Chine et le Brésil", juge Simon Pickard, gérant du fond Carmignac pour les pays émergents.
Pour Carmignac Investissement, les marchés émergents représentent environ 30% des investissements, dont 20,5% en Asie et 8,5% en Amérique Latine.
Le plan de relance chinois a notamment rassuré beaucoup d’investisseurs, donnant des signes d’efficacité et permettant à l’activité de repartir dans plusieurs secteurs.
"Les Chinois ont injecté jusqu’à 8% ou 10% de leur produit intérieur brut pour soutenir la demande", rappelle Christophe Donay, stratégiste chez Pictet, pour qui "il y a eu un effet d’entraînement dans toute la zone".
"Cela procure aux pays émergents un côté attractif pour l’investisseur qui est prêt à revenir vers le risque", commente-t-il.
Mais plusieurs régions restent à la traîne, comme les pays d’Europe de l’Est, pénalisés par la dépréciation de leurs monnaies, ou encore l’Afrique du Sud et la Corée du Sud.
Pourtant, "avec la reprise du commerce international et le rebond des matières premières, l’ensemble des marchés émergents" vont participer à la reprise, y compris la Russie et l’Europe de l’Est, explique M. Pickard.
Même sur le marché très risqué de la dette émergente, où la capacité de remboursement des Etats est sujette au doute, la tendance est à l’amélioration.
Au mois d’avril, les obligations émergentes en dollars ont effectué leur troisième meilleur mois depuis fin 2000, indique La Française des Placements dans sa lettre des marchés émergents.
L’écart entre les rendements offerts par ces pays et ceux des obligations plus sûres des pays occidentaux ont continué à se réduire, même si depuis le début de l’année "les flux restent négatifs sur la dette émergente".
Pour la plupart des observateurs, la sur-performance des marchés émergents observée ces dernières semaines pourrait même durer, à un rythme probablement moins fort, sans exclure toutefois une nouvelle baisse.
"Si les marchés émergents rechutent, ce sera plus probablement dû à un problème venant des pays développés, comme une chute du dollar ou des obligations américaines, ou un nouveau Lehman", explique M. Pickard.
La Française des Placements estime "qu’un grand nombre de pays émergents pourraient devancer les pays du G7 dans la sortie de crise", s’appuyant notamment sur les moyens mis à disposition des institutions multilatérales par le G20 de Londres.
Plus prudent, René Defossez, économiste chez Natixis, juge que "si le marché continue à entretenir l’idée que les choses vont aller mieux demain on peut effectivement voir des progressions", mais il faudra que les fondamentaux économiques valident cette hypothèse.
© 2009 AFP